Corbeau de TULLE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Corbeau de TULLE

Message  Admin le Lun 27 Nov - 18:01



Adultères, rumeurs, drames familiaux : ces 110 lettres anonymes qui ont terrorisé Tulle




C’était il y a 100 ans. À l’origine, une simple histoire de coeur qui s’est transformée en véritable campagne de délation et de calomnie.
"Vous êtes cornard (comprenez cocu), votre femme est la maîtresse à…". Untel est un "voleur", la belle-soeur du corbeau "une mule qui ne peut ni pondre ni couver" (comprenez elle ne peut pas avoir d’enfant). Une autre "a sombré un polichinelle" (comprenez elle a avorté).

Quant à Mr X, il "n’est pas le père de son fils". Au total, pendant quatre ans, de 1917 à 1921, ce sont au moins 110 lettres anonymes, mais nominatives, qui semèrent la peur parmi les 13 000 habitants de Tulle, en Corrèze.







Certains courriers sont déposés dans des boîtes aux lettres, d’autres traînent dans un couloir, au marché, un coin de rue, un tronc de la cathédrale.

En 1921, une liste de quatorze couples illégitimes avec les noms des maîtresses et amants est même affichée publiquement sur la porte du théâtre. "Ces lettres ont pourri des vies, détruit une partie du tissu social, semé la méfiance, l’opprobre et même la mort






Les deux premières missives remontent à décembre 1917. L’une est adressée au domicile de Jean-Baptiste Moury, quadragénaire, pas marié, cadre à la préfecture de Tulle. L’autre est retrouvée sur le bureau d’Angèle Laval, 31 ans, embauchée en avril de la même année au service comptabilité de la préfecture grâce à la bienveillance de son frère, lui-même employé dans cette administration.


"N’épousez pas Mademoiselle Laval qui a des intentions sur vous. C’est une sirène, une charmeuse, qui vous rendra malheureux", est-il écrit en substance dans la lettre à l’intention de Jean-Baptiste Moury.  Celle adressée à Angèle Laval est du même acabit : "Méfiez-vous de Monsieur Moury, c’est un ennemi. Il vous calomnie chez sa maîtresse".

"À l’époque, considérée comme une vieille fille", sans enfant, ni mari, Angèle Laval vit ses premiers sentiments. "Pour la première fois, dans la promiscuité d’un bureau, elle s’est entichée d’un homme". Son chef et collègue qui est le tout premier destinataire de ces lettres : Jean-Baptiste Moury. "Elle jette son dévolu sur lui, peut-être a-t-elle l’envie intime de se marier ?".

L’opération de séduction se poursuit. De manière discrète, mais aussi avec des agissements assimilables à du harcèlement sexuel. Un jour, dans un bureau de la préfecture, Angèle Laval va jusqu’à se dénuder devant lui. Jean-Baptiste Moury la repousse et devant la "lourdeur" de sa collègue, demande à une tierce personne de le raccompagner chez lui en sortant du travail





D’autant que Jean-Baptiste Moury n’est plus un coeur à prendre depuis qu’il a rencontré Marie-Antoinette Fioux, sténodactylographe à la préfecture et fille du quincaillier de Tulle.

Une deuxième salve de lettres anonymes réapparaît alors en 1919. Le mariage ne doit pas se faire selon ces mystérieux courriers, dans lesquels Marie-Antoinette Fioux est accusée de tous les maux et notamment d’infidélités.

Quelques mois plus tard, les lettres anonymes arrosent plus largement le vieux quartier du Trech. Une dizaine de familles est touchée par ces dénonciations écrites, des révélations intimes, professionnelles et amoureuses. Des faits pour la plupart réels, sus dans Tulle, mais jusqu’ici restés au stade des quolibets



Étrangement, dans ce flot de lettres, une personne est particulièrement épargnée : Marie-Antoinette Fioux. De quoi éveiller les soupçons… sur elle. Dans la rue, le couple Moury-Fioux se fait huer et songe à quitter Tulle. Le juge Richard, persuadé d’un complot, résiste à la vindicte populaire, jusqu’à ce que l’enquête prenne une autre tournure en 1921.

Les lettres portent un mort sur le dos. Tulle prend conscience qu"'une lettre empoisonnée peut tuer", explique Francette Vigneron. Son honneur mis en cause dans les courriers désormais signés "L’Oeil de tigre", Auguste Gibert, employé à la préfecture, est poussé à la folie et au suicide.

L’affaire prend alors une envergure nationale. Les médias nationaux descendent à Tulle. "Une sorte de souscription citoyenne", qu’on retrouverait aujourd’hui sur des sites de cagnotte participative, est lancée. Le but : aider la justice. Avec l’argent récolté, elle s’attache l’expertise d’un grand nom de l’époque : le Dr Edmond Locard, pionnier de la police scientifique.
















Après avoir épluché les différentes lettres, le criminologue Edmond Locard est formel : les missives sont écrites de la même main.

Mais par qui ? L’expert propose alors de passer une épreuve de dictée à huit femmes. Parmi lesquelles : Angèle Laval et Marie-Antoinette Fioux .


"Comme je l’avais écrit le 19 novembre au décrotteur qui garde les bourriquots à la porte de la pouponnière". Cette première phrase de la dictée, Angèle Laval met douze minutes à l’écrire. "Elle est revenue sur chaque lettre, retouchant, modifiant, surchargeant chaque caractère", écrit le criminologue dans son rapport cité par La Montagne. Edmond Locard tique. Avec Angèle Laval, la dictée dure 1 h 30. Avec les sept autres femmes : une demi-heure environ.

Angèle Laval est invitée à revenir dans l’après-midi pour un deuxième exercice. Le Dr Emond Locard "lui a dicté jusqu’à lassitude, à l’épuisement, jusqu’à ce que les caractéristiques inconscientes de son écriture réapparaissent". À la sortie, il se refuse à tout commentaire à la presse : "je ne vous dirai rien mais on a évité une grande erreur judiciaire".





Son rapport tombe quelques jours plus tard : "en toute certitude, la quasi totalité des lettres est écrite par Angèle Laval". Elle, cette femme discrète, menue, que personne n’aurait vraiment soupçonnée. "À Tulles, les habitants sont soufflés"



Jugée le mois suivant pour diffamation, injures publiques et privées, Angèle Laval est condamnée à un mois de prison avec sursis et 100 francs d’amende. Un verdict confirmé en appel. "Elle a pris peu, mais en fait elle a pris perpète dans la vie. Jusqu’à sa mort en 1967, à 81 ans, elle resta chez elle, avec sa tante puis seule, ne sortant quasiment pas". Un emprisonnement social.

Mais une rumeur est née .
La fille Angèle hanterait le parvis de la Préfecture , et dès qu'un regard se poserait sur elle , pschuitt !!





Admin
Admin

Messages : 513
Date d'inscription : 02/03/2012

http://lafontaine.forumgratuit.org

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum